Présentation

Françoise Kerisel

Petits billets, cartes postales, lettres envoyées, ou jamais reçues, histoires à transmettre, conte à partager… chez Françoise Kerisel l’écriture est une parole.
Une parole peut-elle guérir? c’est la question, emblématique, posée en titre de l’un de ses livres.
Françoise Kerisel écrit moins pour raconter ou expliquer que pour dire. Avec les mots dont on dispose, par nature imparfaits, mais aussi avec les non-dits ou les silences.
C’est en ce sens aussi que son écriture, avec ses raccourcis, ses ellipses, est poétique.

Ici, la parole, tout comme l’écriture, est une mémoire, mémoire individuelle, familiale – la relation grand-mère/petite fille apparait à plusieurs reprises dans ses albums – mémoire culturelle aussi et même mythique. Nous remontons très loin dans le temps avec Le soleil de Diogène ou Le glaive de Salomon, ce qui a été inscrit doit être transmis à nouveau. Paroles à reprendre et à redonner.

L’écriture raffinée ne doit pas nous faire oublier que les livres de Françoise Kerisel interrogent le monde et ses déchirements, c’est le thème du divorce dans Moi, Matthieu…, les déchirements de l’Algérie dans Nona des sables, la violence sociale dans son dernier livre Le glaive de Salomon

Violence non pas exhibée mais reconnue et interrogée (on retrouve souvent la forme du dialogue), toujours dans la recherche d’une réparation:, ce sont Les larmes du monstre, et donc l’acceptation de la souffrance, qui délivreront le désert de la sécheresse et le monstre de son chagrin, c’est le respect de l’enfant qui n’est la propriété de personne mais l’objet de l’amour de ses parents séparés, qui réconciliera Matthieu avec lui-même, c’est la carte d’Alexis qui le sortira de la honte ou celle de Samira qui est le signe de l’espoir… c’est le jugement, la loi – et qu’est-ce que la loi, sinon une parole? – qui tentera inlassablement de réparer les méfaits des hommes.

Il s’agit bien de préoccupations politiques, au sens noble du terme, celui de vie de la cité, qui définissent une- éthique plus qu’une morale, à travers un regard sensible qui assume sa subjectivité.

Aline Karnauch, co-auteur de Lire la littérature à l’école (Hatier)